7 avril 2009

Certains n’ont pas pu venir à la soirée du mardi saint à Sainte-Odile, d’autres ont émis le vœu de pouvoir relire ou réentendre les interventions. Voici donc les textes et l’enregistrement audio de la soirée. Pour télécharger : clic droit sur le nom du fichier. Servez-vous !

Le fichier PDF imprimable

interventions-du-7-avril-2009

L’enregistrement audio

(MP3)

01 Introduction Mgr Rechain et Arnaud Boutheon.mp3

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02 Samuel Pruvot Famille Chrétienne.mp3

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03 Thiébaut de Buyer Alliance pour les Droits de la Vie.mp3

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04 Questions 1.mp3

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05 Laurent Dandrieu Valeurs Actuelles.mp3

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06 Frigide Barjot Benoît j'ai confiance en toi et Touche pas à mon Pape.mp3

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07 Questions 2.mp3

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08 Abbé d'Harcourt Paroisse Sainte Odile.mp3

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09 Et j'ai oublié de dire un truc... Frigide Barjot.mp3

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L’affiche de la soirée

mardisaint

Les textes lisibles en ligne

PAROISSE SAINTE-ODILE, LE MARDI SAINT 7 AVRIL 2009

LE PAPE, L’ÉGLISE, LE MONDE ET NOUS

LA RADICALITÉ ÉVANGÉLIQUE
EST-ELLE ENCORE SOLUBLE
DANS LE BOUILLON MÉDIATIQUE ?

I    Introduction
Arnaud BOUTHEON

II    Amour et Vérité
Thiébaut de BUYER
Alliance pour les Droits de la Vie

III    Communiquer face aux loups
Laurent DANDRIEU
Valeurs Actuelles

IV    Le Pape, l’Église, le monde et nous
Abbé Armel d’HARCOURT
Paroisse Sainte-Odile

Les interventions de

Samuel PRUVOT, Famille Chrétienne et de
Virgine TÉLENNE, alias Frigide BARJOT, benoitjaiconfianceentoi et Touche pas à mon Pape,
sont disponibles sous forme de fichiers audio (MP3) à l’adresse :

http://sainteodilejeunes.net/7-avril-2009

Merci beaucoup à tous les intervenants !

I    Introduction

Arnaud BOUTHEON

Bonsoir à toutes et à tous, et bienvenue à la paroisse Ste Odile.

Le sujet qui nous rassemble ce soir est grave et déterminant.

Comme disent nos amis les publicitaires, c’est un sujet « clivant » qui ne laisse personne indifférent.

Ces derniers jours,  chacun, dans son quotidien, a pu l’expérimenter plus ou moins douloureusement.

Au-delà des appréciations de forme, sur l’art de la communication et ses subtilités, des questions de fond se posent.

Notre monde peut-il encore accueillir la radicalité et l’exigence de la parole de l’Eglise ?

Pour revenir sur la tempête médiatique qui s’est abattu sur l’Eglise, par vagues successives, nous avons la joie ce soir d’être entourés de témoins clés pour intervenir sur ces évènements.

Merci à vous d’être présents.

  • Samuel Pruvot – journaliste référent à l’hebdomadaire Famille Chrétienne
  • Thiébaud de Buyer, paroissien de Ste Odile, et membre du bureau de l’Alliance pour les Droits de la Vie,
  • Laurent Dandrieu, journaliste au magazine Valeurs Actuelles,
  • Virgine Télenne, que le monde des médias et du show bizz connaît mieux sous le pseudo de Fridige Barjot.
  • Le Père Armel d’Harcourt, vicaire de Sainte Odile.

Je reviendrai ultérieurement sur les faits d’armes de nos intervenants.
Notre soirée se déroulera en trois temps. J’aurai la mission ingrate de surveiller scrupuleusement le temps de parole des uns et des autres, pour que ce débat passionnant ne nous entraîne au milieu de la nuit.

Premier tiers temps :
Deux interventions successives de 15 à 20 minutes, qui se concluront par une séance de questions- réponses avec la salle.
Des papiers vous sont distribués par nos charmantes hôtesses de la troupe scoute de Sainte Odile.
Samuel et Thiébaud commenceront. Puis questions / réponses.
Puis, Second tiers temps :
Laurent, Frigide, et le Père d’Harcourt prendront ensuite la parole pour ensuite laisser la place à une seconde séance de partage avec la salle.
Troisième tiers temps et
phase conclusive, d’envoi de notre soirée :
Après une pause de 15 mn au cours de laquelle vous pourrez rencontrer les intervenants, nous exposerons le Saint Sacrement et vous proposons un temps d’adoration jusqu’à 24 h.

Pour la grande réussite de la soirée touchant à des sujets parfois « abrasifs », je vous remercie de respecter la prise de parole des intervenants et d’attendre le temps des questions / réponses pour le cas échéant, vous manifester. Merci à tous, par avance.

Je me tourne maintenant vers notre premier intervenant : Samuel Pruvot.
Samuel Pruvot a été rédacteur en chef du magazine France Catholique et représente aujourd’hui une plume emblématique de Famille Chrétienne, que nous connaissons à travers ses reportages et ses billets d’actualité.

Samuel Pruvot, qui évangélise régulièrement dans les rues de Paris avec la communauté Aïn Karem (lire ici). Il vient de publier un livre intitulé Flagrant délit d’espérance, témoins du Christ dans la rue (éditions Salvator), qui raconte ses quinze années d’expérience.
Samuel était au Brésil au moment de l’imbroglio médiatique de Récife. Il revient sur le déroulement des faits de ces dernières semaines.

Thiébaud est paroissien de Sainte Odile, suffisamment engagé auprès de l’ADV pour donner une année de sa vie professionnelle au service de la promotion de la vie, auprès des élus et décideurs publics. Thiébaud exerce ses talents professionnels dans une Institution bancaire. Il nous présente la position de toujours de l’Eglise sur les sujets de sexualité – qui ont fait, font et feront encore éternellement débat.

Laurent Dandrieu est rédacteur en chef adjoint du service culture de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, il est en charge des pages Opinion / Débats de ce magazine et intervenant sur le blog interactif du journal. Ses critiques cinéma sont attendus chaque semaine avec impatience par ses lecteurs. En charge également de l’actualité religieuse, il a monté plusieurs dossiers sur l’évolution du paysage écclésial français et est intervenu à de nombreuses reprises à la télévision sur la chaîne Histoire et sur KTO.
Son propos de ce soir porte sur la réponse chrétienne au politiquement correct et la bienpensance médiatique.

Virginie Télenne est très connue par le milieu noctambule et médiatique français sous le pseudonyme de Fridige Barjot. Auprès de Basile de Koch, son mari, ils animent le groupe culturel Jalons, connu pour ses pastiches humoristiques de journaux et ses évènements décalés. Derrière l’humour et un langage libre qui parfois détonne dans l’univers feutré des cathos, Virginie n’a de cesse de proclamer un message évangélique auprès de ses amis du show-bizz.

Exposée sur les plateaux TV et radios (aujourd’hui encore à midi sur Europe 1), Virginie a monté l’opération Benoit j’ai confiance en toi, (+ de 30 000 signatures) et créé le label Touche pas à mon Pape. Elle fait partie de ces confesseurs de la Foi dont notre Eglise à également besoin, complétant d’un ton décalé et toujours passionné le message institutionnel. Merci, Virginie, pour ton témoignage ce soir.

Pour conclure cette soirée, le Père d’Harcourt, vicaire à Sainte Odile, nous conduit à approfondir cette réflexion à la lumière de la Croix du Christ, pendant cette semaine sainte.

Merci à tous pour cette soirée, espérons que ces paroles auront apporté de la lumière et de la paix à chacun.

Des corbeilles sont disposées au fond de la salle afin de vous permettre de participer aux frais d’organisation de cette soirée. Nous vous remercions par avance pour votre générosité.
Après un temps de pause d’1/4 h, nous vous proposons de prendre maintenant un temps silencieux d’Adoration du Saint Sacrement.
Merci encore à tous d’être venus.
Par avance, nous vous souhaitons une belle et sainte fête de Pâques.

II    AMOUR ET VÉRITÉ

Thiébaut de BUYER

Alliance pour les Droits de la Vie

I Préambule
« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen ». Voici l’expression  de la morale humaniste, formulé par Kant. Tout homme doit être considéré comme une fin, jamais comme un moyen uniquement.

Cette morale humaniste est une conséquence de la Création : tout homme est à l’image de Dieu. Et de l’incarnation : Dieu s’est uni à l’homme pour que l’homme soit uni à Dieu (saint Athanase). Le psaume d’aujourd’hui le redit : Toi, mon soutien dès avant ma naissance, tu m’as choisi dès le ventre de ma mère ; tu seras ma louange toujours !

L’Église, experte en humanité nous le proclame : nous sommes corps et âmes, notre corps n’est pas un boulet imparfait traîné par une âme parfaite. Notre corps est aussi une merveille, nous nous devons de l’aimer, d’en prendre soin.

Et l’union des corps aussi est une merveille. Écoutons JP2 (Homme et femme, Il les créa) : Cette aspiration née de l’amour sur la base du langage du corps est une recherche de la beauté intégrale, de la pureté absolument sans tache : c’est la recherche d’une perfection contenant, peut-on dire, la synthèse de la beauté humaine, beauté de l’âme et du corps. Cette recherche de perfection suppose le don total, inconditionnel et définitif du mariage chrétien, et avant la nécessité de se préserver, de ne pas entacher, flétrir notre corps. C’est pour cette préservation que l’Église nous propose un chemin de bonheur qui peut nous paraître si exigeant.

Nous ne sommes pas habitués à ce que l’on nous brandisse des panneaux nous indiquant que nous faisons fausse route. Pécher, c’est se tromper de chemin. Sous-entendu, se tromper de chemin pour accéder au bonheur. Contrairement à ce que l’on pense, une barrière nous laisse beaucoup plus de liberté qu’un panneau indicateur. Comme le disait le cardinal Ratzinger, il y a autant de chemins pour accéder au bonheur qu’il y a d’êtres humains. L’Église ne nous indique pas le chemin, ce qui serait trop normatif, mais nous indique les difficultés, les dangers et les précipices.

Nous pouvons dénoncer des comportements, pas des personnes ; et nous devons toujours proposer un chemin de pardon, un chemin de réconciliation. La frontière entre culture de vie et culture de mort ne passe pas entre deux personnes, elle est présente en chacun de nous. Je demande pardon à l’avance à ceux d’entre vous que je pourrais blesser : il ne s’agit jamais d’un jugement sur une personne, il s’agit juste d’essayer de discerner la licéité de certains comportements. Nous sommes tous concernés, et moi le premier !

II Définition de la contraception
Un geste prophétique : Paul VI signe l’encyclique Humanae Vitae (juillet 68), qui prend à contre-pied tous les comités de sages et déclare illicite la contraception. C’est un texte prophétique, intuitif plus que démonstratif. Il faudra attendre les catéchèses de Jean-Paul II « Homme et femme Il les créa » pour en avoir un fondement anthropologique et spirituel. « En tant que ministres d’un sacrement qui se réalise à travers le consentement mutuel et se perfectionne dans l’union conjugale, l’homme et la femme sont appelés à exprimer ce mystérieux langage de leur corps dans toute la vérité qui lui est propre ».

Définition volontairement provocante : la contraception est une affaire d’homme, pas une affaire de femme. L’objectif de la contraception est en effet d’empêcher la fécondité du jaillissement de la semence masculine dans la femme. Le plaisir féminin est indépendant de la contraception, alors que le plaisir masculin y est étroitement lié : si l’homme parvient à se maîtriser, il n’y a plus de notion de contraception ! La contraception est donc une pratique qui ne s’adresse qu’aux hommes qui ne parviennent pas à se maîtriser. On ne peut qu’être abasourdis par l’ultra-naïveté des ultra-féministes qui parlent de libération de la femme par la contraception !

III Description objectivée des moyens de contraception
Le retrait : l’homme ne parvient à se maîtriser et libère sa semence hors de la femme. Le désordre est cette absence de maîtrise de soi, de possession de soi-même qui sont indispensables à la personne humaine, ce rejet d’une semence porteuse de vie hors de son réceptacle naturel.

Le préservatif : il s’agit de mettre un obstacle artificiel à la diffusion de la semence. Le désordre est plus important puisqu’il y a un objet tiers qui intervient dans l’acte conjugal, qui l’empêche de se dérouler normalement, qui le transforme. Il « prive l’homme de la subjectivité qui lui est propre, et fait de lui un objet à manipuler ». (JP2, ibid)

Les moyens suivants nous font faire un bond dans le désordre, puisque ce n’est plus seulement l’acte conjugal qui est atteint, mais le corps humain. Les moyens chimiques de contraception transforment physiologiquement la femme pour la rendre inapte à la procréation. C’est la négation du cycle naturel de la femme, remplacé par un cycle artificiel, c’est un changement qui atteint fondamentalement la femme, c’est une rupture complète qui atteint profondément le caractère de la femme, et qui supprime notamment la sensibilité si particulière de la femme pendant la période féconde. De plus, certaines pilules ont aussi un effet contragestif, ce qui nous emmène à la catégorie suivante, et surtout, au niveau de désordre suivant.

Les contragestifs empêchent non plus la fécondation, mais surtout la gestation. Ce qui veut dire que l’enfant est déjà conçu, il s’agit maintenant de l’empêcher de vivre. Le moyen le plus simple est de rendre l’utérus inapte à l’accueil du jeune embryon (6-7 jours) en créant une inflammation. L’embryon meurt faute d’ « alimentation ». Les contragestifs ont en général en surplus une action contraceptive, les plus connus sont le stérilet et la pilule du lendemain. Le désordre est évidemment plus important encore, c’est la destruction potentielle d’une vie.

L’étape suivante est l’avortement : la vie naissante a été identifiée, et on décide consciemment de la supprimer.

IV Description subjectivée des moyens de contraception
On ne peut pas se contenter de cette description, il y a toujours un homme et une femme, et l’intention derrière est capitale. Quand la pilule est utilisée pour réguler un cycle et atténuer certaines perturbations douloureuses, c’est un médicament, avec des effets secondaires indésirables importants, comme tout médicament. Si elle est utilisée pour être disponible à toute rencontre potentielle, c’est très différent.
De même, il y a une différence énorme entre un préservatif utilisé en couple parce que l’homme sait ne pas pouvoir se maîtriser, et un préservatif utilisé pour ne jamais perdre une occasion avec toute femme de rencontre !

C’est dans ce contexte qu’intervient le discours du pape : quand l’Occident impose son mode de pensée libertaire et diffuse à tout va les préservatifs, il promeut l’irresponsabilité, il encourage et développe les conduites à risque. L’augmentation de ces conduites, compte tenu de l’efficacité pratique imparfaite du préservatif aboutit bien au risque supplémentaire dénoncé par Benoît XVI.

Jean-Paul II n’avait semble-t-il jamais prononcé le mot préservatif, probablement pour éviter cet amalgame entre un préservatif utilisé au sein du mariage, qui représente un désordre réel mais léger, et un préservatif utilisé non plus comme moyen de contraception, mais comme moyen de protection pour éviter les conséquences d’une conduite désordonnée, conduite qui représente une transgression grave.

V L’avortement
Nous en venons maintenant à l’avortement. Quelques chiffres d’abord. Chaque année, 800 000 enfants naissent en France. Chaque année un peu plus de 200 000 femmes subissent un avortement. Un enfant sur cinq en France ne naîtra pas. Une femme sur deux, sur l’ensemble de sa période de fécondité, aura subi un avortement. 86% des femmes estiment qu’un avortement a des répercussions psychologiques graves. 82% estiment pourtant qu’il faut maintenir le droit à l’avortement.

Un avortement est toujours un drame, il reflète toujours une situation dramatique. Un enfant non désiré, c’est un drame. Face à une situation dramatique, parce que nous ne le connaissons pas, parce que nous ne le voyons pas, parce qu’il est tout petit, parce qu’il ne s’exprime pas nous avons tendance à l’écarter de notre réflexion. Le seul moyen de bien raisonner est de vieillir et de personnaliser l’enfant. Forçons-nous à imaginer que dans tel ou tel cas particulièrement douloureux l’enfant dont il est question de se débarrasser soit un enfant déjà né que nous connaissons.

Et là nous réaliserons que nous ne pouvons faire autre chose que protéger cet enfant qui n’est pas responsable de la situation que son existence provoque. Que protéger cet enfant que son handicap rend plus faible encore. Protéger cet enfant dont le père est un violeur. Protéger cet enfant alors même qu’il met en danger la vie de sa mère. À aucun moment nous pouvons interrompre la vie d’une personne innocente, même si c’est pour un bien.

Aimer plus qu’être aimés. Imitons le Christ et l’Église qui nous donnent une parole dérangeante parce qu’Ils nous aiment. N’imitons pas une certaine classe politique qui nous donnent une parole confortable parce qu’ils veulent être aimés.

Amour et vérité : il nous faut trouver la ligne de crête où ces deux mots se rejoignent.

III    Communiquer

face aux loups

Laurent DANDRIEU

Valeurs Actuelles

« Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups. » Cette parole extrêmement forte, Benoît XVI l’a prononcée dès sa première homélie en tant que pape, lors de sa messe d’intronisation, le 24 avril 2005, au cours d’un sermon où, par ailleurs, le tout nouveau pape expliquait que son seul programme était, je le cite, de « non pas poursuivre mes idées, mais, avec toute l’Eglise, de me mettre à l’écoute de la parole et de la volonté du Seigneur, et de me laisser guider par lui ». Dès les premières heures de son pontificat, donc, Benoît XVI avait conscience que la simple fidélité au Christ suffirait à déchaîner les hurlements de ce que lui-même appelle les loups. Et à ceux qui penseraient que ce terme de loups ne désigne que les adversaires extérieurs de l’Eglise, la récente lettre du pape aux évêques à l’occasion de la levée des excommunications, vient préciser les choses en citant l’épître de saint Paul aux Galates : « Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres ! » Et Benoît XVI précise : « Malheureusement, ce « mordre et dévorer » existe aujourd’hui dans l’Eglise comme expression d’une liberté mal interprétée. »
Donc le pape lui-même nous le dit : qu’on l’appelle « prêt-à-penser », « pensée unique » ou « politiquement correct », nous n’avons pas affaire à une simple paresse intellectuelle, à des erreurs dues à quelques facilités journalistiques, généralisées grâce à une forme de « copier-coller » médiatique, mais qu’il serait facile de rectifier avec un peu de pédagogie ou de dialogue : nous avons affaire à une agressivité extrême, consciente, finalisée, dont le but est bien de « mordre et dévorer ». Et cette pensée unique trouve des alliés jusqu’au sein même de la Sainte Eglise.
La première chose à faire face à ce phénomène, c’est évidemment essayer de le comprendre. Je ne vais pas analyser avec vous la façon dont est né le politiquement correct, d’abord parce que ça nous entraînerait trop loin, et ensuite pour l’excellente raison que je n’en ai pas la moindre idée. En revanche, on peut plus facilement en analyser les ressorts et les manifestations. Les ressorts, à mon sens, convergent tous vers une caractéristique unique, qui est une profonde détestation de la Vérité. Pourquoi cette détestation ? Parce que si la vérité, de manière ultime, nous rend libre, dans un premier temps elle nous contraint. Le réel, si vous l’acceptez tel qu’il est et non tel que vous souhaiteriez qu’il soit, est d’abord une limite. Cette chaise sur laquelle je suis assis est une chaise, et malgré tout mon désir en ce moment d’être assis sur un moelleux canapé en cuir, ce n’est qu’une chaise en bois assez rudimentaire et je dois bien m’en accommoder. En tant que chrétiens, nous sommes bien placés pour savoir que le premier stade de la vie spirituelle, c’est le réalisme, c’est-à-dire s’accepter tel qu’on est, avec ses défauts, ses blessures et ses faiblesses, ses « épines dans la chair » aurait dit saint Paul. Cette acceptation, elle est finalement positive, parce que c’est elle qui nous permet de grandir et d’avancer, mais dans un premier temps, c’est souvent douloureux. L’homme moderne, lui, converti au prométhéisme, refuse d’accepter ses limites et pour les nier, il va être conduit à entrer dans un processus sans fin de dénégation du réel. A l’interrogation laissée en suspense par Pilate, « Qu’est-ce que la Vérité ? », le monde moderne répond : « Rien. La vérité n’existe pas en tant que telle, elle varie au gré des caprices de mon bon vouloir. »
Prenons l’existence des races, par exemple : au lieu de les voir comme un bel exemple de la diversité de la création, l’homme moderne va les apréhender comme une limite, quelque chose qui distingue et qui discrimine – on va donc arriver à cette affirmation absurde que les races n’existent pas. Et, comme toujours, ce déni de réel va se traduire dans le langage. On avait déjà remplacé le mot « noir » par « personne de couleur », aujourd’hui, on n’a même plus le droit de dire ça, il faut parler de « personne issue de la diversité », ce qui a l’immense avantage aux yeux du politiquement correct de ne vouloir absolument rien dire.
Une autre réalité qui fait l’objet d’un déni de plus en plus marqué, c’est la différenciation sexuelle. Depuis Adam et Eve jusqu’à très récemment, on naissait homme ou femme, point final. Odieux déterminisme aux yeux des plus enragés des modernes, qui veulent remplacer la notion de sexe par celle de genre. Le genre, pour vous la faire courte, c’est une identité sexuelle non plus subie, mais choisie, et modifiable à l’infini : car, aux simples inversions homosexuelles, on peut rajouter toutes sortes de variations transgenres : travestis, transformistes, transsexuels, bisexuels, octosexuels, que sais-je, j’en passe parce que nous sommes à Sainte-Odile tout de même. Mais pour résumer, je dirai que l’idéologie du genre, c’est le « Ensemble tout devient possible » appliquée à l’identité. Je suis un homme et j’ai quand même envie d’être enceinte ? Grâce à la théorie du genre et à quelques manipulations chirurgicales, c’est possible !
Cette détestation de son identité objective, conçue comme quelque chose qui enferme et non qui enracine, l’homme moderne occidental l’étend évidemment à la civilisation et à la société qui l’ont façonnée. C’est l’origine de la fascinante haine de soi qui sévit aujourd’hui en Occident – quand je dis haine de soi, il ne s’agit pas d’une haine de soi comme individu, parce que l’individu moderne est trop narcissique pour se détester, mais d’une haine de soi collective. Donc, l’Occident, nous dit-on, n’a apporté au monde que la haine, l’intolérance et la violence, tandis que le reste du monde ne lui a donné que beauté et culture, luxe, calme et volupté. En témoignent quelques polémiques récentes dont ont été victimes quelques inoffensifs historiens qui ne pensaient pas à mal, comme Olivier Pétré-Grenouilleau, « complice des négriers » pour avoir rappelé que l’esclavage se pratiquait aussi en Afrique, entre Africains, ou Sylvain Gougghenheim, accusé pour sa part de « racisme culturel » pour avoir osé remettre en cause la thèse selon laquelle l’occident ne devrait la transmission de l’héritage gréco-latin qu’à la collaboration bénévole, laïque, gratuite et obligatoire de nos amis musulmans. A ces deux occasions, on a vu se mettre en place des phénomènes tout à fait nouveaux et intéressants : des essais historiques scientifiques auxquels on répond, non pas par d’autres arguments historiques, mais par des pétitions, des procès, des appels à l’exclusion de leurs auteurs de l’université, etc. Ce qui est l’une des caractéristiques les plus fortes du politiquement correct : comme il est haine de la Vérité, il ne va évidemment pas s’intéresser au débat, au dialogue, à l’échange d’arguments, qui sont des choses dangereuses qui risquent toujours, par mégarde, de conduire à la Vérité, mais il va les remplacer par l’intimidation, l’invective, la menace.
Cette violence qui tient lieu de débat, on en a eu évidemment une illustration avec la guerre du préservatif. Si la polémique a atteint ce niveau d’outrance et d’absurdité, c’est bien évidemment parce que nous n’étions pas dans la recherche de la Vérité, de la Vérité du meilleur moyen de lutter contre le sida en Afrique, non nous avions ici affaire à une religion, la religion de la liberté sexuelle et son totem absolu qui est le préservatif. En rappelant que la seule solution vraiment efficace pour lutter contre ce fléau, c’est une « humanisation de la sexualité », Benoît XVI a blasphémé la religion du vagabondage sexuel, du je-fais-ce-que-je-veux-avec-mon-corps-et-ça-ne-prête-pas-à-conséquence : je peux multiplier les partenaires, recomposer à l’infini ma famille comme dans une partie de bonneteau, faire des enfants et les éduquer avec mon partenaire homosexuel : si c’est mon choix, c’est forcément bon ; et les modèles traditionnels de la famille et de la sexualité ne se sont pas imposés parce qu’ils étaient naturels ou parce qu’ils étaient profitables à l’équilibre de la société ou de la personne – ils se sont imposés en raison de l’obscurantisme moralisateur de l’Eglise catholique : voilà les dogmes de la nouvelle religion qui est partie en guerre contre le pape. La meilleure preuve que la Vérité ne comptait pas en l’affaire, c’est que le pape a été pris à partie par des médias à qui il était déjà arrivé, par le passé, d’affirmer exactement la même chose que lui. Radio Vatican a relevé que, malgré leurs attaques contre le pape, des médias comme le Washington Post ou la revue médicale de référence The Lancet, avaient dans le passé affirmé exactement la même chose que lui sur le préservatif. Car ce qui différencie la dictature du politiquement correct des dictatures classiques ou du totalitarisme, c’est qu’on a le droit d’y énoncer toutes les opinions, y compris la vérité, du moment qu’on n’en tire pas les conséquences. Car dans la mesure où la pensée unique est une haine de la Vérité, elle ne se soucie évidemment pas de cohérence et le principe de non-contradiction lui est totalement étranger.
Dans ce contexte l’Eglise catholique est évidemment l’ennemi à abattre. Parce que non seulement elle continue à proclamer, à peu près seule, qu’il existe une Vérité – ce qui aux yeux du politiquement correct est le blasphème absolu -, mais encore qu’elle est dépositaire de cette Vérité, et que son devoir est de la communiquer à tous les hommes. C’est évidemment plus que l’homo politicus correctus ne peut en supporter. Et c’est pour cela qu’il veut absolument, sinon la détruire, du moins la banaliser, la transformer en une de ces institutions purement humaines sur le discours duquel il est si facile de peser pour le ramener à la norme acceptable. C’est la raison de ces campagnes médiatiques incessantes qui prétendent que le peuple catholique appelle unanimement de ses vœux une profonde réforme de l’institution, qui passe inéluctablement par les mêmes moyens : mariage des prêtres, ordination des femmes, introduction dans l’Eglise de la démocratie participative et possibilité de révocation du pape, pour cause de grand âge ou, c’est la nouveauté de cette guerre du préservatif, pour cause d’incompétence, quand le pape, comme dirait Alain Juppé, « commence à poser un problème ». De manière extrêmement significative, au plus fort de la guerre du préservatif, TF1, dans un de ses 20 h du week-end, a diffusé un reportage en faveur du mariage des prêtres, en dehors de toute actualité. Manière extrêmement claire de rappeler qu’à cette Eglise qui rappelle les droits de la Vérité, les médias en préféreraient une autre, adaptant ses règles au goût du jour, et moins soucieuse de foi que de modernité – « une autre Eglise est possible », comme on dit « un autre monde est possible » : une Eglise qui renoncerait à son infaillibilité et à sa Tradition, dont les règles varieraient au gré de l’esprit du temps et des majorités de circonstances, et dont le but serait moins le salut des âmes que l’épanouissement personnel du genre humain, au-delà des barrières artificielles érigées par des dogmes surannés.
Comme l’Eglise, à ce jour, préfère tourner le dos à cet alléchant programme et s’en tenir à sa mission propre, c’est-à-dire transmettre fidèlement le dépôt de la foi, tous les moyens sont donc bons pour lui nuire, y compris le faux et usage de faux, comme en cette affaire du préservatif, où comme le pape n’avait en l’occurrence dit que quelque chose d’assez banal que même beaucoup de partisans du préservatif reconnaissent, il a fallu lui faire dire autre chose, à savoir qu’il faut laisser mourir les Africains pour leur apprendre à ne pas être capable de se retenir. Ce qui a permis à des gens qui sur le fond, pensent exactement la même chose que le pape, de hurler avec les loups en toute bonne conscience. Opération réussie qui, outre d’occulter la réussite du voyage du pape en Afrique, aura eu l’immense avantage d’accréditer dans l’opinion publique l’idée que « ce pape commence à poser un vrai problème », et non seulement ce pape, mais aussi tous ces catholique de bonne foi qui se solidarisent avec lui. Avec à mon sens également un effet collatéral imprévu : c’est que l’outrance de cette dernière polémique aura probablement conduit certains de ces catholiques de bonne foi, qui avaient pu être sincèrement troublés par la levée des excommunications ou l’affaire brésilienne, à remettre ces affaires en perspective : et à prendre conscience que peut-être aussi, dans ces premières affaires également, l’honnêteté intellectuelle n’était pas forcément à l’ordre du jour.
Toujours est-il que cette mauvaise foi manifeste, et tout ce que je vous ai dit auparavant sur ses raisons profondes, montrent bien à mon sens les limites du discours sur le « mieux communiquer », alors que, comme le dit Mgr Vingt-Trois au Figaro avec un sens certain de la litote, on a affaire à des gens qui ne sont pas précisément disposés à « nous aider à transmettre » le message de l’Eglise. Donc, il faut bien distinguer ce que l’on entend par communiquer : s’il s’agit, par le biais de sites internet, de manifestations ou d’opérations de communications diverses, de rectifier la désinformation médiatique, d’arriver d’une certaine façon à contourner les médias pour transmettre directement aux gens de bonne foi le vrai message de l’Eglise, oui, bien sûr, il faut mieux communiquer, et plutôt mille fois qu’une ! Si l’on entend par là, en revanche, l’espérance qu’à coups de plans com habiles, on va éviter le malentendu avec les médias, et ce qu’un jeune communiquant interviewé par Famille chrétienne appelle les erreurs des médias, alors là on se fourre le doigt dans l’œil, parce qu’on fait l’impasse sur le fait que, pour une très large part, ces erreurs sont volontaires. Rappelons-nous le pontificat de Jean-Paul II, qu’on qualifiait à l’époque de grand communicateur, et qu’on oppose aujourd’hui si aisément à Benoît XVI sur ce plan : et bien Jean-Paul II, en particulier sur la question du sida, a eu à subir à l’époque des attaques tout aussi violentes que Benoît XVI. L’hostilité en la matière à Benoît XVI n’est que le strict pendant de celle rencontrée par Jean-Paul II, qui avait pu être qualifié, par exemple, par un animateur de radio heureusement oublié, José Artur, de « l’un des plus grands criminels du temps de paix » – ce qui n’a pas empêché les médias d’être obligés de s’incliner devant l’émotion planétaire déclenchée par la mort de ce pape « assassin », et de lui rendre hommage à son tour, même si c’est en déformant au passage son message.
Depuis quelques semaines, vous avez tous fait l’expérience d’expliquer en détail les positions du pape, calmement, à froid, textes à l’appui, à des gens qui vous ressortaient indéfiniment les mêmes clichés que vous veniez de réfuter, et vous vous êtes dit : « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ! » J’aimerais savoir quelle est la bonne communication qui permet de se faire entendre de sourds qui ne veulent pas entendre. Je serais curieux de savoir quelle est la bonne façon de communiquer quand vous avez des gens qui très vraisemblablement, au sein de la Curie, organisent des fuites plusieurs mois avant la levée des excommunications auprès des pires adversaires de l’Eglise pour leur permettre d’organiser en temps et heure le scandale Williamson. J’aimerais savoir si vraiment il y a une bonne communication de l’excommunication, vis-à-vis d’une modernité pour laquelle le concept même d’excommunication est profondément scandaleux. Et j’aimerais être sûr, en se souvenant des loups qui au sein même de l’Eglise ne songent qu’à mordre et à dévorer, que certains ne veulent pas profiter de ce thème de la communication pour pousser l’Eglise à affadir son message : on l’a déjà vu dans le passé, et on le reverra encore.
Pourtant, ce souvenir des obsèques de Jean-Paul II doit être pour nous une raison d’espérer, en relativisant la puissance du politiquement correct : en dépit des attaques, des mensonges, des déformations, le catholicisme reste l’espérance de centaines de millions de personnes, une espérance tellement vive que même les médias les plus hostiles sont obligés, à intervalles réguliers, de la prendre en compte. A propos du récent déchaînement contre Benoît XVI, Mgr Vingt-Trois, toujours dans son interview au Figaro, a émis une hypothèse qui me paraît judicieuse : c’est que la hargne médiatique aurait été excitée en partie par le succès inattendu de la visite de Benoît XVI en France, en septembre dernier. Succès qui doit nous rappeler que ce pape, décrit comme froid, maladroit, piètre communicateur, réunit des foules considérables partout où il va, que les audiences de la place Saint-Pierre attirent des foules encore plus importantes que du temps de son prédécesseur. Donc, selon moi, la première manière de résister à la violence du politiquement correct, c’est d’avoir confiance en la force de l’Evangile, en la puissance de l’Eglise, en l’attractivité de la voie étroite qu’elle propose, et de se souvenir qu’en face de cela, le système médiatique, malgré sa puissance, est une très petite chose. Depuis quelques semaines, on entend beaucoup de jeunes godelureaux, forts de leurs deux ans en communication au service d’une firme de yaourts liquides, donner des leçons de communication au pape ; eh bien je serais tenté de leur donner un rendez-vous, que je souhaite le plus tardif possible, aux obsèques de Benoît XVI, pour voir s’il a été un si mauvais communicateur que cela.
En réalité, les vraies réponses au politiquement correct nous sont dictées par ses propres méthodes, pour en prendre le contre-pied. La première méthode du politiquement correct, c’est le mensonge : il faut donc, toujours et partout, travailler non pas avant tout à prêcher, à moraliser, mais à rétablir les faits. Un exemple : le site internet de l’Express a affirmé, contre toute évidence, que le professeur d’Harvard spécialiste du sida qui a donné raison au pape, Edward Green, ne confirmait en rien les propos de celui-ci. Des internautes catholiques, inlassablement, l’ont renvoyé au texte de ce professeur, qui commençait par ces mots : « The pope is correct. » – le pape a raison. Ce qui n’empêchait nullement l’Express de maintenir son mensonge : son journaliste, de toute évidence, faisait parti de ces sourds qui ne veulent pas entendre. Mais qu’importe s’il faut répéter les choses cent fois, mille fois : si on ne le convainc pas lui, on pourra au moins convaincre tel ou tel de ses lecteurs, et surtout l’obliger à réfléchir à deux fois avant d’écrire n’importe quoi. Mais évidemment, cela suppose du travail, de se former, et d’y consacrer du temps. Si chaque catholique passait ne serait-ce qu’un petit quart par jour sur Internet, non pas à poster ses photos de soirée sur Facebook, mais à rectifier les mensonges proférés ici où là et à enguirlander ceux qui les commettent, dites-vous bien que les médias se diraient un peu moins que tous les coups sont permis à l’égard des catholiques. L’extrême gauche a inventé le harcèlement démocratique pour imposer ses positions à force d’intimidation : je pense que pour notre part nous devons pratiquer une sorte de harcèlement métaphysique, non pas pour intimider qui que ce soit, mais pour redonner toute sa place à la Vérité. Notre mot d’ordre doit être de ne rien laisser passer.
Deuxième méthode du politiquement correct : la subversion du langage. On change les mots pour changer la réalité, pour imposer sa façon de voir. A cet égard, nous devons exercer une vigilance de tous les instants, et ne pas tomber dans le piège qui consiste à parler de gays au lieu d’homosexuels, de sans papiers au lieu de clandestins, de familles homosexuelles, ou d’homophobie : les seules fois où nous devons nous autoriser à employer le mot d’homophobie, c’est pour affirmer qu’il ne veut absolument rien dire, que c’est un pur instrument de terreur intellectuelle.
Troisième méthode : la morale. Le grand truc du politiquement correct, c’est de remplacer les faits par l’émotion, les arguments rationnels par la morale : on se fiche de savoir si quelque chose est vrai ou faux, efficace ou inefficace – l’important est que ce soit généreux, ouvert, moderne. Et si vous défendez une opinion qui n’est pas conforme à la vulgate, on ne vous dit pas que vous avez tort : mais que vous êtes ringard, fascisant, que vous avez peur du monde moderne et que vous êtes partisans d’un repli sur soi, que vous faites le jeu de la haine et de l’exclusion. Je crois qu’il est essentiel de démonter en permanence ce discours pour démontrer que ce n’est pas nous qui sommes les partisans d’un ordre moral, ce sont nos adversaires. Les moralistes, ce sont eux ; nous, nous sommes le parti de la Vérité. C’est pour ça qu’aux arguments moraux, nous devons répondre par des faits, encore des faits, toujours des faits.
Dernière méthode : l’intimidation, la peur. La peur de la diabolisation, parce que si vous n’aboyez pas avec les loups, vous êtes un intégriste, un génocidaire, un complice de l’innommable, mais aussi la peur de la solitude : parce que quand tout le monde hurle à l’unisson, il n’est jamais facile de sortir du rang. Contre cette peur, évidemment, je n’ai pas de remède miracle, si ce n’est l’invocation de l’Esprit-Saint, pour qu’il nous donne le courage, à l’instar de saint Jean et des saintes femmes, de se tenir au pied de la Croix quand tous les autres disciples se sont carapatés. Il faut se rappeler que l’on n’est pas catholique pour être populaire, pour que tout le monde nous trouve cool et sympa, mais pour être disciple du Christ. Et ce que le Christ nous demande aujourd’hui, dans cette époque de communication, c’est peut-être d’être des martyrs de l’incommunication, ou de l’incommunicabilité. Mais il faut se rappeler aussi que nous sommes beaucoup plus nombreux que nous ne croyons, et que chacun des actes de courage isolés que nous pouvons avoir contribue à donner de l’audace au voisin, un peu comme la scène finale de ce très mauvais film par ailleurs qu’est le Cercle des poètes disparus, où un élève rebelle se met debout sur son pupitre, bientôt suivi par un autre, puis un troisième, et encore un autre, jusqu’à ce que l’élève au départ isolé se retrouve à la tête d’une majorité silencieuse.
Sans vouloir céder à un pessimisme exagéré, il me paraît évident que, malgré tous les efforts de communication que nous pourrons faire, des crises comme celles que nous venons de traverser vont se multiplier. Dans la mesure où nous vivons dans des sociétés qui, à vue humaine, vont s’éloigner de plus en plus de la loi naturelle, à coups de pseudo mariage homosexuel, d’homoparentalité, d’extension du droit à l’avortement, etc, le fossé entre la morale médiatique et le message de l’Eglise ne peut que s’élargir et les affrontements devenir de plus en plus fréquents et violents. L’utopie sixties d’une relation apaisée avec la modernité, d’une collaboration complice avec le monde au bonheur du genre humain, doit être définitivement abandonnée pour regarder la réalité en face. On peut même sans trop de risque prédire l’arrivée d’un moment où l’Eglise ne pourra plus affirmer son message sur l’homosexualité sans tomber sous le coup de la loi. Raison de plus, donc, pour être malins et habiles, pour réfléchir aux diverses façons de contourner le barrage médiatique – mais à condition de se rappeler que ce qui nous sera demandé avant tout, plus que de l’habileté, c’est du courage – et que toute l’habileté du monde ne nous en dispensera pas.

IV    Le Pape, l’Église,

le monde et nous

Abbé Armel d’HARCOURT

Paroisse Sainte-Odile

Un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide ; mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. 2Tim 4, 3

Nous avons vécu en quelques semaines trois événements qui ont suscité l’émoi dans l’Église, en Europe au moins, et surtout un véritable procès médiatique, un lynchage plutôt puisqu’il n’y avait pas de défense, du Pape et, à travers lui, de l’Église. Les réactions immédiates dans l’Église ont été diverses et elles ont évolué avec le temps.
On a pu se dire, souvenez-vous, c’était il y a quelques semaines seulement, que le Pape est maladroit, qu’il ne sait pas communiquer, certains croient encore à la communication, et même qu’il est trop âgé. On a pu se dire qu’il nous mettait en danger, qu’il portait atteinte à un modus vivendi entre l’Église et l’opinion publique, factice peut-être, mais confortable, et beaucoup étaient tentés de lui dire : motus.
Mais surtout, nous avons tous été frappés d’étonnement devant cette succession rapide de trois polémiques qui n’ont pas de rapport entre elles, dont l’une n’a pas de rapport avec le Pape, et nous pouvions finir par nous demander en nous levant le matin quelle serait l’affaire du jour. Nous pouvons croire au hasard, à la mauvaise passe, au fond, cela arrive. Nous pourrions croire que tout cela provient d’un désordre intérieur à l’Église qui brouille sa parole et la rend inaudible. Ces deux explications, à elles seules, me semblent superficielles et naïves.
Face au surgissement inattendu et spectaculaire d’un événement, nous avons pu parler de tempête ou de séisme, nous avons toujours à nous demander s’il n’est pas le dévoilement, la manifestation de réalités latentes. Nous avons aussi à nous demander, surtout lorsqu’il s’agit de l’Église, si ces événements ne nous sont pas donnés par notre Seigneur qui est le Seigneur de l’histoire et qui, à travers la multitude des causes secondes, conduit son Église. Enfin, nous avons à nous demander en quoi ces événements nous sont utiles, à quoi le Seigneur veut nous conduire.

Un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide ; mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. 2Tim 4, 3
Sans vouloir faire de concordisme trop simple, nous pouvons lire dans cet avertissement de saint Paul à Timothée un avertissement pour notre époque en Occident, comme pour d’autres époques et d’autres lieux. « On ne supportera plus ». Nous sommes bien un temps où, comme des vieillards trop fatigués, on ne supporte plus rien. Tout agace, tout irrite, tout révolte. La seule existence d’un enseignement solide, irréductible à nous-mêmes, d’un enseignement qui vient du Dieu si terriblement réel, qui se révèle et nous révèle à nous-mêmes, devient intolérable à l’opinion dominante. Il faut au contraire trouver un petit maître, un maître relatif à nous, à la mesure de notre caprice et qui, en flattant ma démangeaison, l’apaisera un peu.  C’est bien à ce rôle que l’Église, les éducateurs, les prêtres, emblématiquement le Pape, semblent assignés aujourd’hui. Tâche impossible, comment répondre toujours à des caprices contradictoires ? Tâche contraire à la nature et à la mission de l’Église, surtout. Nous n’avons donc sûrement pas fini de connaître des périodes de grande tension, de violence au moins verbale et symbolique. Cela continuera d’arriver de manière brutale et imprévisible à chaque fois qu’un tabou sera touché, qu’une pulsion sera frustrée. Les chrétiens fervents ont souvent déjà intégré cette situation et il n’est plus rare d’entendre l’un ou l’autre dire, ou avouer qu’il redoute de perdre son emploi en raison de son engagement chrétien. Alors, que faire, ne peut-on que rester dans un coin du ring en attendant que cela passe ?

Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde ton bon sens, supporte la souffrance, travaille à l’annonce de l’Évangile, accomplis jusqu’au bout ton ministère. 2Tim 4, 4-5
Garde ton bon sens, supporte la souffrance, travaille à l’annonce de l’Évangile, c’est bien ce que nous voyons faire le Pape. Nous le voyons continuer à parler aux foules, à écrire aux gouvernants du monde, à prêcher, conforter, consoler parfois. Il répond aux journalistes dans l’avion au retour de son voyage en Afrique avec la même aimable assurance qu’à l’aller. Loin de paraître abattu, il a gardé le pas tranquille, la voix posée et le regard clair. Non parce qu’il est autiste, non parce qu’il est fort, mais parce qu’il accomplit jusqu’au bout son ministère, avec la grâce du Christ. Il ira jusqu’au bout, avec la liberté, l’obstination et l’endurance des saints et des vrais pasteurs.
C’est bien, semble-t-il, ce à quoi l’Église, en Europe occidentale, est appelée. Alors que depuis vingt ans nos frères d’Orient sont sortis de leur grande épreuve, nous en découvrons avec eux une nouvelle, plus subtile, mais peut-être pas moins redoutable. Le Pape Jean Paul II parlait autrefois d’une apostasie silencieuse de l’Europe. Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’elle devienne flagrante. Les plus naïfs sont placés devant l’évidence d’un rapport plus rude avec le monde. Faut-il nous en étonner ?
Nous allons célébrer dans trois jours la Passion du Seigneur. Quelques heures avant de donner sa vie pour notre salut, le Seigneur dit à ses disciples :
« Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. Si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait, car vous seriez à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. Si l’on a observé ma parole, on observera aussi la vôtre. Les gens vous traiteront ainsi à cause de moi, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. » Jn 15, 18-21
Il y a bien une relation complexe, la rencontre de la charité et de la violence, entre le Christ, le saint et le monde :
Le Verbe était la vraie Lumière,
qui éclaire tout homme
en venant dans le monde.
Il était dans le monde,
lui par qui le monde s’était fait,
mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez les siens,
et les siens ne l’ont pas reçu. Jn 1, 9-11
Souvent, nous voudrions être déjà dans la paix du ciel ou plutôt dans une sorte d’impassibilité pseudobouddhiste. Nous savons que le Christ est venu pour sauver le monde, qu’il les aima jusqu’au bout. Mais précisément, c’est en prenant sur lui la haine du monde que le Seigneur nous sauve. Le Seigneur a bien prévenu ses disciples qu’ils ne seraient pas étrangers à la Croix : Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. C’est un avertissement prophétique: il ne sera pas possible de le suivre sans accepter cela.
Mais pourquoi les chrétiens devraient-ils être persécutés ? En quoi devraient-ils déranger le monde ? En ceci : Si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait, car vous seriez à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. Le chrétien est irritant en ce qu’il est dans le monde sans être du monde. Il n’y a rien de plus pénible pour le monde.
Mais pourquoi le monde n’a-t-il pas reconnu le Christ, pourquoi le refus du salut ? Parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. C’est parce qu’il est difficile à un coeur de pécheur d’accepter l’amour gratuit du Père, qui suppose une vie filiale, la rupture avec une autonomie radicale, même par rapport au réel, que la chrétienté unanime restera une utopie jusqu’au retour du Christ.

Ainsi, nous avons à accepter le combat du Christ. Il n’y a pas de vie chrétienne sans combat spirituel. La Providence nous a fait parcourir tous ensemble un carême bien particulier cette année. C’est certainement parce que nous en avions bien besoin, c’est certainement pour le bien de l’Église et pour notre bien. La solution n’est certainement pas de nous replier dans une vie qui se voudrait hors du monde : nous sommes dans le monde. Nous n’allons pas non plus entretenir un procès permanent du monde. Ce serait oublier avec beaucoup d’inconscience que le combat spirituel n’est pas simplement entre le monde et nous, mais qu’il se livre aussi en nous. Le jugement appartient au Christ. Mais nous avons à assumer une certaine dissidence : nous ne sommes pas du monde, le Christ, l’Église et nous-mêmes ne serons jamais réductibles au monde. Nous vivons en pèlerins, et celui qui voudrait s’installer, se conformer au monde finira un jour par dire : je n’en suis pas. Jn 18, 17;25
Il peut être difficile et onéreux d’accepter de vivre cette dissidence chrétienne. Ce n’est possible que si nous prenons le chemin du salut. Dans trois jours, nous allons adorer le Seigneur sur la Croix. Nous chanterons : « Voici le bois de la croix, auquel le Sauveur du monde a été suspendu. Venez, adorons ». Nous adorons Jésus qui donne sa vie en sacrifice parfait, une fois pour toutes. Mais il ne nous sauve pas de l’extérieur, il nous sauve en nous incorporant à lui. La sainteté, c’est bien cela : unir notre vie au sacrifice du Christ, donner notre vie, en lui, par amour.

Et si, au fond de nous-mêmes, nous acceptons de livrer notre vie, nous savons que le Seigneur prie pour nous :
Je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à toi,
et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux.
Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi.
Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Jn 17, 9-11
Et nous l’entendons encore nous dire : Prenez courage, j’ai vaincu le monde. Jn 16, 33

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{ 2 comments… read them below or add one }

Frigide Barjot mai 12, 2009 à 22 h 45 min

Quand est-ce qu’on part en tournée ?

Les tshirts sont prêts !!

L'Abbé mai 13, 2009 à 0 h 01 min

Quand vous voulez !
:-)

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