Ne pas madoffiser sa vie

by Armagilus on 2 juin 2009

gotoimageUn avion disparaît en pleine nuit au milieu de l’Atlantique. Nous pensons tous à ces passagers et aux membres d’équipage dont la vie a été interrompue brutalement. Ont-ils eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait, nous ne le saurons probablement pas. Il n’y a pas d’image de l’accident, alors nous voyons passer en boucle les visages prostrés de ceux qui les attendaient à l’aéroport. Mélange d’émotion sincère et de voyeurisme.

Mais, chaque jour, nombreux sont ceux qui meurent sur un lit d’hôpital ou dans un accident de voiture. Nous savons que cela nous arrivera tous. Alors, réfléchissons, pourquoi somme-nous émus lorsque surviennent de tels évènements ?

- D’abord parce que la mort est le plus souvent cachée. Il est rare maintenant de mourir chez soi entouré des siens, il est donc rare de voir mourir quelqu’un. Et soudain, lorsqu’un drame survient, la mort devient un spectacle. Alors que nous vivons souvent dans l’oubli plus ou moins volontaire de la mort, elle nous saute au visage. Nous avons l’impression, soudain, de nous découvrir mortels.

- Ensuite, parce que nous ne pouvons pas nous habituer au fait de la mort. Et nous avons raison, nous sommes immortels. Il est inscrit au fond de nous que nous sommes faits pour vivre et vivre pour toujours. Même si nous savons que nous allons vers une vie nouvelle, si nous attendons le bonheur inconcevable de voir Dieu, le passage par la mort corporelle reste une anomalie, une épreuve. Et ce n’est pas un péché, pas plus que de pleurer la mort de ceux que nous aimons. Le Seigneur a pleuré devant la tombe de son ami Lazare, il a prié son Père d’écarter cette coupe la veille de sa Passion. Il est chrétien d’espérer le bonheur éternel, il n’est pas chrétien d’aimer la mort.

- Enfin, parce que le surgissement de la mort nous pose toujours la question de la valeur de notre vie. Que restera-t-il de nous ? Qu’est-ce qu’une vie de quelques décennies à l’échelle de l’histoire du monde ? Cette question pousse les uns à se réfugier dans l’oubli et la jouissance de l’instant, les autres à tenter de bâtir un empire, une fortune, une descendance, que sais-je, pour qu’on se souvienne d’eux, pour se survivre. Nous savons tous que ces tactiques sont vaines, que les uns ne trouveront que la tristesse et l’amertume, que les autres finiront par être oubliés un jour. Alors, que vaut notre vie, que restera-t-il de nous ?

La réponse de l’Évangile est assez paradoxale pour n’être pas inventée :

« Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et la rouille les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. Mais faites-vous des trésors dans le ciel, là où les mites et la rouille ne dévorent pas, où les voleurs ne percent pas les murs pour voler. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur. » Mt 6, 19-21

Autrement dit : vivre seulement en vue d’une réussite terrestre, c’est comme acheter du Madoff. Le placement est séduisant, mais on termine avec les mains et les poches vides à tous les coups. On y a tout perdu, y compris soi-même. Il semblerait qu’il y ait un meilleur placement, gagnant sur le moment et à long terme : se faire un trésor dans le ciel. Encore faut-il savoir comment faire :

Quelques jours avant la Pâque, Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dits: si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. » Jn 12, 24-25.

Alors voilà, ce qui donne sa vraie valeur à notre vie, ce qui nous rend vivant, c’est de donner notre vie. C’est ce qu’on appelle aimer. Cela coûte cher, cela coûte notre vie. Cela ne veut pas dire qu’il faut mener une vie triste et austère, un bon chrétien est un bon vivant, mais une vie joyeuse et accomplie parce que donnée.

Pour l’instant, nous prions pour ceux qui, sans avoir eu le temps de s’y préparer, vivent le moment le plus important de leur vie : la rencontre définitive avec le Christ. Nous prions aussi pour ceux qui sont dans la peine, qui ont besoin de réconfort et d’espérance. Il y a demain une prière pour eux à Notre-Dame. Nous pouvons nous y associer par notre prière.

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